Palpitations nacrées de l’aube de Brigitte Closset – Jo Dustin

L’artiste liégeoise Brigitte Closset inscrit sa démarche picturale dans une quête de pureté radicale. Elle prolonge la recherche d’un Kasimir Malévitch, d’un Robert Ryman. Comme Malévitch, elle tente d’élever la peinture à une expression parfaite, ‘suprême’. Comme Ryman, elle propose l’interaction des blancs qui dialoguent avec l’espace avoisinant. La peinture devient chez elle une fenêtre ouverte qui pactise avec les clartés environnantes.
Cependant Brigitte Closset possède un cheminement spécifique qui refuse toute imbrication complexe. Seules les cadences ovales, les respirations verticales alimentent son exploration incessante. Une vision hâtive de ses toiles où vibrent les lumières n’y décèlera que des cadences répétitives. Comme dans toute contemplation, il faut ici s’octroyer le temps d’un regard prolongé. Alors, on découvre les rythmes changeants des variations optiques. On investit des fragments de silence privilégié qui développent notre capacité de méditation perturbée par l’invasion des images.
Les béances des ovales épurés apprivoisent la matité des acryliques qui déploient des vides et des pleins dans une atmosphère nacrée. La féminité module ses propositions architecturales sereines.
Les toiles plus récentes célèbrent la reconquête de la peinture à l’huile riche de brillances. Les rayures verticales rejettent les cloisonnements stricts et proposent une palpitation floue où s’incrustent des blancs savoureux, des gris translucides et parfois des apparitions de lilas, coquille d’œuf ou vertes.
Dans la famille des tensions monochromes, Brigitte Closset se permet quelques incartades douces. Son œuvre engendre des lectures multiples, tout ici étant en état de latence comme un rideau de brume qui nimbe l’espace et efface toute aspérité. Brigitte Closset ne choisit certainement pas la facilité, toutefois ses toiles captent les fluctuations de la lumière et nous offrent une promesse d’aube lavée de toute menace.
Jo DUSTIN
Le Soir du jeudi 24 octobre 1996