L’ode à l’ove de Brigitte Closset – Alain Delaunois

C’est aussi simple que l’œuf de Colomb : les architectures du XVIIe siècle désignaient du joli nom d’ »ove » une forme ovale ou un objet en forme d’œuf. L’artiste liégeoise Brigitte Closset s’est souvenue du mot et, de photos retouchées petits formats en grands tableaux, du fusain au pastel en passant par l’acrylique, invite à méditer sur la forme ovoïde dans tous ses états.
L’exposition se développe sur trois niveaux aux Brasseurs, à Liège. A côté d’une surface rectangulaire, en diptyque et triptyque, Brigitte Closset fait vivre d’impalpables nuances de couleurs blanches, qui font parfois songer aux œuvres les plus fines d’un Robert Ryman.
Un blanc parfois coquille d’œuf, mais plus souvent blanc cassé, battu en neige, voire grisé bleu : musicales et intimistes variations, qui incitent le spectateur à (re) apprendre l’art de regarder. Variations, et non répétition, car si la forme dicte le geste, elle insuffle également un rythme vital, un décalage spontané qui donne à chaque… oeuvre une délicate et très sensuelle idée de l’effleurement.
Ainsi est évité le piège d’un art trop minimaliste, trop froidement descriptif, que du reste Brigitte Closset bat en brèche dans une autre série de dessins, au bic ou au crayon, où se devinent des corolles, des pistils, des pétales de fleurs.
Brigitte Closset aime citer Claude Roy, qui souhaitait guetter l’instant où l’œuvre prend lentement forme, émerge des limbes, sort de sa coquille. Dans ce travail radieusement solaire, la blancheur n’est pas synonyme de stérilité. Elle est plutôt évocation des pas lents du marcheur. La trace humaine peu à peu se perd sous un voile, d’abord transparent, puis opaque, lorsque tombe une seconde vague de flocons de neige : une mer de sérénité.
Alain DELAUNOIS
Le Soir, septembre 2001