A travers l’évocation du travail de Brigitte Closset, c’est la démarche même de l’artiste qui vient donner le ‘ ton’ a ce qui va être écrit : ton du discours, ton de ce qu’elle donne à voir ? Ce ton, s’il devait être présenté sous un terme générique, serait celui de la simplicité. Simplicité de ce qui se veut facile à comprendre, à suivre, à appliquer… de ce qui se veut franc et naturel, … simplicité qui pourrait être teintée d’une certaine quête. Quête dans le sens d’une exigence ou d’une revendication de ce qui d’une certaine manière serait beau, voire bon, essentiellement.

‘Moment blanc’ et incontestablement répétitif, ce travail suscite donc de la part du lecteur une volonté particulière. Il s’agit de répondre à l’invitation à s’arrêter, à se donner du temps, car il faut de la patience et de la ruse pour se faire regardeur, pour ne pas s’en tenir au manque, au vide, au mépris de ce qui ne serait qu’une forme. En effet, c’est un mode d’attention peu ordinaire qui est requis pour réceptionner le travail, pour lui donner du sens. La question du temps se déploie à travers l’importance et l’accentuation des rythmes naturels. La lumière charge le tableau, le change. Réceptacle de lumière mais aussi nécessité de la présence de l’autre pour donner de l’ambition à ce qui est proposé. L’artiste dans un geste extrêmement réduit est dans l’immédiateté du rapport au spectateur en position d’accepter ou de refuser le travail et de le faire fonctionner.

L’artiste s’absente du reste pour se maintenir dans une situation qui lui permet d’être débarrassée de tout. De cette direction de travail à la fois en deçà et au-delà de la couleur, cette rupture avec la perspective, il y a ce ‘moment blanc’ qui reste imprégné de mouvement et de temporalité comme un vaste paysage et qui, s’il est à la lisière d’autres lectures ou engagements plus mystiques ou monastiques, concerne d’autres nécessités. Car en fin de compte, que sommes-nous là à démasquer ? quelle est la vraie nature de cette invitation à nous tenir plus ou moins tranquilles devant ces peintures et à y laisser surgir les plus surprenantes et les plus nobles de nos émotions ?
Ces ‘moments blancs’ sollicitent chez chacun des états d’ouvertures multiples qui invitent spécifiquement à l’intellectualisation, à la méditation ou à l’introspection. Néanmoins, la volonté première de Brigitte Closset est de nous en faire le cadeau, de nous rappeler à la simplicité et à la nécessité de certains instants, de certaines attitudes. Elle s’y positionne, s’y engage et nous donne à voir son choix de vie et de peinture qui vise bien à ne regarder que ce qui lui semble important. Jeux de miroir où dans ces tentatives quasi monochromatiques, la convocation des ‘moments blancs’ met l’artiste en position d’être presque regardée par la peinture en train de se faire.

Cet engagement rigoureux conditionne probablement une éthique de vie qui ne peut faire l’économie d’un questionnement insistant sur le sens de la réalité, du plaisir, des absences et de la solitude. Mais le travail manifeste pour l’artiste la possibilité d’émerger du fatalisme et de la morosité pour investir et inventer d’autres propositions.
Pulsionnellement, ce travail qui ne se veut pas ascétique, se charge et se recharge de l’éblouissement et touche ainsi l’intime de la recherche. Eblouissement pour la peinture italienne et pour ce qui en exulte. Le blanc laisse la place. Viennent s’y risquer des rainures, verticales fragiles, des feuillages ou des fleurs qui s’y exhibent dans ce qu’elles ont d’essentiel. Quand il se remplit, le travail laisse alors entrevoir une dualité. Reste d ‘un travail répétitif et complexe, à la fois énoncé et retenu. Tentative de dire juste ce qu’il faut.
Travail féminin, osé, partagé entre expressions partielles, discrètes mais évocatrices, puis des expressions libérées, abandonnées, plus envahissantes de fleurs ravageuses qui débordent du contour, ne se donnent qu’à moitié ou n’apparaissent que pour disparaître. Facettes multiples de l’érotisation du rapport à l’autre, du rapport à l’homme dont il importe de conserver une part de réserve.

Coup sur coup, les toiles se multiplient car le travail est insistant et subtil. Ces insistances et ces répétitions dans ce qu’elles ont de permanent font surgir la singularité de l’artiste et son désir dans ce qu’il a d’insaisissable. Il reste au regardeur, passant attentif, la liberté de s’arrêter pour ‘voir’ et pour y trouver quelque chose de son temps, de sa vérité et de son désir à lui.

Pauline Bastin

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