Moissons

Jubilation. . .
C’est dans cet état singulier que je découvre Brigitte Closset.
Elle a déroulé sur le sol de son atelier, une série de reproductions d’oeuvres, classées chronologiquement.
Ceux qui la connaissent savent que la rencontre qu’elle a vécue en Italie en 1988 avec la Madonna del Parto est une rencontre qui a compté pour elle.
Effet de séduction et d’adhésion, elle y repère une présence forte qui la confronte à la découverte d’une forme, l’ove.
Cet événement provoque un mouvement de rupture, de passage.
Il déplace son travail et l’engage dans une autre recherche.
Cette forme qui circonscrit l’espace la désarme et s’impose désormais comme un point de départ, comme une tentative de retrouver avec les moyens les plus simples, les plus justes quelque chose de cette présence.
Insistante dans ses productions, elle survolte aussi certaines de ses rencontres.
Celle d’Armand Silvestre, un ami peintre, avec qui elle se lance dans une collecte quasi sauvage de reproductions d’oeuvres où l’ove est présente.
Après, seule, elle continue inlassablement à regarder, à chercher, à découvrir.
Brigitte Closset glane au gré des rencontres, se concentre, se documente.
Des amis proposent, elle prend, interroge.
Quête inépuisable, cette forme simple, primitive, elle la découvre riche de références, de symboles.
Traversée libre et personnelle de l’histoire de l’art.
Ce travail compulsif, elle le déroule par associations, dans l’ordre de la ressemblance, des affinités.
Jumelle, cherche-t-elle l’ordre du même ?
Elle va chercher cette forme première aux origines, puis déroule les images multiples qui témoignent de cette présence-là.
Réunir pour montrer.
Elle nous amène à regarder sa collecte, sa moisson, se plaçant ainsi au coeur d’une position singulière.
Qu’en est-il de cette insistance, de cette évidence, de cette obsession ?
Mobiles inconscients, rapport à la féminité et à la fécondité, à la sensualité, au silence, à la mort. . .
Dimension animiste. Spiritualité. . .
Inépuisables, ces significations lui font entretenir une posture d’étonnement et d’éblouissement.
Civilisations multiples, artistes de toutes époques, cette fascination partagée devient rassurante.
Inscrit dans cette temporalité, son travail de peintre se charge, se décale.
Entre ses propres créations et cette quête inépuisable, elle repère et se nourrit de cette forme sensible et des ouvertures multiples que celle-ci recèle.
Ancrée à sa démarche et à son engagement, l’ove calme.
Confortée dans l’intuition de cette belle rencontre, Brigitte Closset nous propose ici de suivre une partie du chemin.
Elle le balise par la nature des choix de ces reproductions et du déroulement temporel, qui structure, donne à suivre un fil qu’elle assume.
Elle l’inscrit dans un rapport au temps, lié à sa démarche, à son aventure.
Forme de pause ou nouveau départ.
Son enthousiasme à nous livrer ce morceau d’histoire marque la force d’une obsession libératrice.
Collecte infinie, de quoi en perdre la tête. . .

Pauline Bastin