esuf

Date : 2020

Le premier départ pour Agadez en 2002 vient d’un rêve, d’une nécessité et d’une attirance inexplicable pour l’Afrique.
C’est alors une confrontation avec un mode de vie différent, étrange, complexe, rude et magnifique.Je me trouve à la fois dans le partage et une grande solitude, je me laisse porter par une nouvelle aventure créative et humaine avec des amitiés, des complicités « improbables », sincères et profondes, ancrées.
Avec le peuple touareg, je me découvre des affinités multiples et philosophiques dans leur approche du monde et le rapport humain.La rencontre me déstabilise mais elle me comble, elle devient source d’inspiration dans la peinture, elle donne du sens à mon travail, à mon existence et à la leur.
Grâce à eux, je vis cette densité dans le dépouillement, je charge de manière différente ce « presque rien » (mon esuf ?) au cœur de ma recherche artistique depuis des années.Dépasser les contraintes et enfin sortir des conventions, « nomadiser » dans ma vie et dans l’art.
Métisser nos horizons et ainsi les réinventer.La création commence-t-elle quand on oublie ses points de repères, dans cette mise en abîme, ces moments vagues, flous, de liberté absolue dans le champ pictural ?
Discrètement, photographier, dessiner les hommes assoupis, les femmes qui marchent…
Je ne comprends pas la langue, je tente alors de saisir les regards, les attitudes, les visages et j’y perçois quelque chose d’intense, de généreux, d’essentiel, de dramatique parfois, j’entends aussi leurs rires et la musicalité de leur parole.
Quelque chose se fixe.Je « m’ensoleille » à nouveau.
Après quelques voyages, je ne peux plus aller ailleurs. Je me suis arrêtée.
Au fil du temps, la confiance se gagne, s’installe et parfois, pendant leur abandon, je me permets de leur murmurer mon admiration, ma tendresse et mon amour.
Brigitte Closset 10 Février 2014

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