Parler des oves de Brigitte Closset, c’est aussi la situer dans son champs de méditation et d’investigation et ainsi entrer dans cette ascèse étrange du Minimal Art ; lieu de purification où l’on abandonne son égo pour retrouver dans un nouvel espace, la présence authentique et mystérieuse du soi fondateur. Ainsi il en va des oves comme des signes essentiels qui nous appellent et nous indiquent une voie de lumière sans laquelle nous nous égarerions en de vaines considérations. (1)

Cette voie de lumière se révèle à Brigitte Closset dans ce paradis qu’est la Toscane où s’épanouissent à profusion fleurs, jardins, enclos, villes et villages émergés d’un passé enchanteur, symbole de la plasticité méditerranéenne, sobre et toujours vivante. C’est là précisément aux environs d’Arezzo que surgit inflexible, la vision mystique de l’ove, que Piero della Francesca dessina vers 1457 pour cerner le visage doux et mélancolique de la Madonna del Parto, ove qui réactualisa pour Brigitte une essence transcendante, prémice d’une longue suite de sonates picturales où elle chercha une lumière nouvelle.

Ove mystérieuse et délicate que l’on aborde que par l’intelligence et les chemins du cœur et de l’esprit, et qui ne peut exister que dans une liberté souveraine. C’est là que réside son secret, douloureux et inquiet, celui qui part à l’aventure d’un je ne sais quoi espéré, et qui vient parfois à manquer, nuit obscure dont on doit renouveler l’enchantement pour ne pas sombrer dans la banalité et la platitude. Dichotomie entre la main et la matière d’une part, et l’esprit, tout autre.

Matière, certes des couleurs, supports, pinceaux, matière aussi physiologique, qui peuvent s’étaler en glacis ou empâtements, austères ou vivaces, mais toujours signifiant d’un érotisme discret. A chacun de nous d’y chercher sa niche ou son refuge – parier Eros ou Agapè. Brigitte Closset nous invite à cette alternative, ce choix d’être ou de n’être pas ; en cela elle communique avec celui qui regarde et comme elle l’a écrit un certain jour : « le sourire vient peut-être de la sensation de rencontrer un ami ». Cézanne parlant de Claude Monet et de ses fulgurations de couleurs disait : « ce n’est qu’un œil, mais quel œil ! ». Nous pourrions le paraphraser en déclarant Brigitte Closset ce n’est qu’une ove mais quelle ove ! (2)

Armand Silvestre
le 14 mars 2005

(1) l’ove est une ellipse, en littérature ce mot signifie raccourcissement d’une phrase, pour en condenser le sens.
(2) ove du genre masculin est ici féminisé.

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